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Le journal de enzo

THIERRY ROBERT N'A PAS FINI DE CRIER

THIERRY ROBERT N'A PAS FINI DE CRIER

Posté par IPR le Mardi 07 Juin à 11H50

Chaque premier mardi du mois, Imaz Press vous propose un nouveau rendez-vous, #KozSeryé. Une interview long format, volontairement "cash", avec une personnalité réunionnaise. Le premier à passer sur la sellette, c'est Thierry Robert. Le député-maire de Saint-Leu s'est prêté au jeu des questions-réponses, sur son passé, son futur, et ses relations tendues avec le président de Région.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la politique ?

Je suis croyant, je me suis toujours dit que j’avais eu de la chance dans la vie et qu’il fallait du coup que j’aide les gens autour de moi. Je suis arrivé en politique en 2008. Au départ, j’ai voulu m’investir dans des projets associatifs. Les personnalités politiques de Saint-Leu ont vu cet engagement d’un mauvais oeil. Je me suis dit “comme ils ont peur que je fasse de l’associatif, alors je ferai de la politique, comme ça je pourrais aider davantage de gens".

Vous présenter comme le bon samaritain chrétien, ce n’est pas un peu facile ?

Je suis pas l’homme parfait, j’ai des défauts comme tout le monde mais par contre en politique comme dans les affaires, je mets un point d’honneur à la parole donnée. Quand je promets, je fais, sinon je dis “j’essaye”. J’ai toujours dit que la politique n’est pas un métier, ça me coule dans les veines et ça me prend aux tripes, mais le jour où la population décidera que je ne suis plus bon, j’arrêterai et je continuerai à être chef d’entreprise. Cette manière de voire la politique me permet d’être libre et de ne pas tomber dans les arrangements que certains utilisent uniquement dans le but de rester au pouvoir et de garder un titre. Je n’ai aucune crainte de perdre un jour des élections.

"Le seul moyen de me faire fermer ma bouche aujourd’hui, c’est de me mettre une balle".

Justement, des élections, vous en avez perdu. Les régionales plus précisément. Depuis, vous êtes régulièrement accusé de critiquer le président de Région uniquement parce que vous êtes mauvais perdant. A force de crier contre la Région, vous n’avez pas peur d’agacer les Réunionnais ?

Que les militants accros du président de Région tiennent ce genre de propos libre à eux. Je suis aussi libre de tenir le discours que je souhaite et quand je le souhaite. Je le dis et j’assume, le moindre écart de la Région Réunion sera dénoncé par le LPA, par les élus qui travaillent avec moi, et par moi-même. Ce n’est parce que Didier Robert a gagné les élections de décembre 2015 qu’il est dispensé aujourd’hui de rendre des comptes à la population réunionnaise et de travailler en totale transparence. L’argent qu’il utilise, ce n’est pas son argent, c’est celui des Réunionnais et Réunionnaises. Le seul moyen de me faire fermer ma bouche aujourd’hui, c’est de me mettre une balle.

Vous tapez toujours sur la Région, mais seriez-vous capable d’admettre que l’équipe en place fait des choses bien ?

Il y a des choses biens, mais à la marge. Ils ont rénové le musée de Stella Matutina et la Maison du Volcan, par exemple. Ces deux dossiers culturels n’ont pas été trop mal ficellés. La continuité territoriale est aussi une bonne chose pour les Réunionnais, puisque cela leur permet de voyager. En revanche, sur les principaux projets, je vois surtout beaucoup de dilapidation d’argent public, comme pour le récent voyage à Seattle ou encore la nouvelle route du littoral. La Région la met en avant comme une réussite. Moi je vois surtout qu’il y a d’énormes difficultés et des enquêtes du parquet financier et de l’Olaf.

Quand vous avez eu vent de ces perquisitions, vous avez décidé d’envoyer deux de vos collaborateurs devant la caserne Vérines. Est-ce que vous n’allez pas trop loin ?

A la Région, ils ont l’habitude de cacher tout aux Réunionnais et je pense que quand on est homme ou femme politique, on doit assumer ses faits et gestes. Moi, qu’on me mette la pression politique, juridique, médiatique, ça ne me fera pas reculer.

On vous met la pression ? En disant ça, vous n’avez pas peur de passer pour un parano ?

Il y a quelques semaines, on m’a accusé de harcèlement. Une cabale a été organisée par un site de propagande financé par la Région (il cite le nom d’un site et de son créateur). Vous ne croyez pas que c’est une attaque personnelle, pour me dénigrer, pour me salir, pour détruire l’homme ? Mais je suis indestructible mentalement et moralement, ils auront du mal à m’affaiblir ou à m’empêcher de de continuer à faire de la politique. Depuis 2008, 17 plaintes ont été portées à mon égard pour tenter de me rendre inéligible. J’ai fait la une des dizaines de fois et tous ces dossiers ont fait “pschit”.

Justement, concernant cette affaire de harcèlement, vous aviez annoncé publiquement que vous alliez porté plainte contre le site qui a relayé cette affaire. Qu’en est-il ? Avez-vous des contacts avec l’ancienne collaboratrice qui apparaît dans cette affaire ?

Je connais les délais de prescriptions, j’ai déjà vu mon avocat et je prépare mon dossier. Cette affaire ne sera pas sans suite. Concernant l’attaché parlementaire, je n’ai plus de contact avec elle, la dernière fois que je l’ai vue, c’était lors de l’affaire aux prud’hommes, mais on ne s’est pas salués.

Quelles relations entretenez-vous avec les médias réunionnais ?

Le site qui a relayé cette affaire est un organe de presse de La Région. Concernant les autres médias, il y a eu des prises de positions l’an dernier qui étaient marquées, qu’on m’a justifié par les budgets publicitaires et le contexte économique. D’un point de vue déontologique, c’est limite, mais je ne dis pas non plus que si j’ai perdu les régionales, c’est à cause des médias. Les Réunionnais savent faire la part des choses.

L’amitié en politique n’existe pas

Quelles sont vos relations avec Didier Robert, vous semblez vous détester...

Je n’ai pas de haine contre l’homme. Celui avec qui j’ai un problème, c’est l’homme politique qui prend des décisions qui vont à l’encontre des intérêts des Réunionnais. Je prends pour preuve la carrière de Bois-Blanc où les familles ne vont plus pouvoir vivre. Celui qui à mon avis ressent de la haine à mon égard, c’est plutôt lui. D’ailleurs, quand il me croise, il ne me salue pas.

Avez-vous des amis fidèles sur la scène politique?

Je peux compter sur les doigts d’une main les gens qui me sont fidèles et qui seront toujours là, même s’ils n'ont plus rien à y gagner. Mais je n’ai pas envie de les citer.

Pourquoi refusez-vous de les nommer ?

Il suffit que je vous donne des noms pour que demain ils soient plus ennemis qu’amis!

Du coup, pensez-vous qu’on peut avoir des amis en politique ?

L’amitié en politique n’existe pas, chacun défend ses intérêts personnels. On peut tout juste parler d’amitiés de circonstance, mais elles ne durent qu’un temps. C’est d’ailleurs comme ça que Didier Robert a remporté les élections régionales. Il a appliqué les méthodes de science politique qui consistent à trouver des soutiens, qui feront campagne pour vous. Mais qu’on ne s’y trompe pas, à la Région comme dans d’autres collectivités, je suis sûr que certains proches n’attendent qu’une chose : que le président tombe, pour prendre sa place.


Visiblement, la stratégie de Didier Robert a payé, contrairement à la vôtre. Qu’auriez-vous changé si vous pouviez rejouer le match des régionales ?

Rien. J’ai 39 ans, je fais de la politique depuis 8 ans. J’ai été maire à 30 ans, député à 34 ans. Maintenant, ce que je veux, c’est offrir aux Réunionnais une vraie politique autrement, où l’élu n’est pas là pour se servir mais pour se mettre au service des autres. C’est ce que j’applique dans ma commune puisqu’en dehors des périodes électorales, je fais des réunions avec la population saint-leusienne tout le temps, parce que je trouve que c’est inadmissible et insultant d’aller voir là population uniquement à la veille des élections. J’ai vraiment une autre méthode, une autre façon de faire. Si aujourd’hui, je me permets de faire du rentre-dedans, c’est parce que je sais que je n’ai rien à me reprocher. Quand vous êtes au Smic et que vous vous lancez en politique, l’argent et le pouvoir peuvent vous monter à la tête. Dans mon cas, ce n’est pas la politique qui m’a donné plus de moyens financiers. Demain, si je ne fais plus de politique, je retournerai à mes affaires.

Vous présenter en tant que chef d’entreprise, qui gagne bien sa vie, dans un contexte où les patrons ne sont pas particulièrement aimés, est-ce que ce n’est pas une stratégie risquée ?

Les gens qui ne me connaissent pas peuvent voir ça d’un mauvais oeil, et je peux comprendre, même si pour moi le fait d’avoir réussi n’est pas une tare. Mais les gens de Piton de Saint-Leu, là où j’ai grandi, se disent “marmay la la travay dur té”. J’étais un petit gars maigre comme un clou, avec un vieux petit bob vert sur sa tête, un vieux Tshirt sale, un savate deux doigts, qui levait le matin 4h pour travailler sur les chantiers.

Où vous voyez-vous dans 20 ans ? Dans le siège d’un élu ou sur un chantier ?

Je ne sais pas, je serai à bord d’un bateau de croisière ou dans un avion, si je suis encore vivant bien sûr. Mais je pense vraiment qu’en politique comme dans les grandes sociétés, il faut du renouvellement, du sang neuf. Aujourd’hui, j’estime que j’ai encore des choses à faire en politique, mais à un moment donné, je passerai la main.

www.ipreunion.com

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